Vous savez, souvent, on dit “j’ai pas confiance en moi” comme si c’était à 100% dans toute chose et d’un seul bloc. Mais en fait, c’est jamais tout à fait vrai qu’on n’ait pas confiance en soi tout court. On a, ou pas, confiance dans certaines parties de soi.
C’est souvent au détour de certaines conversations qu’elles soient légères ou profondes qu’on se rend compte qu’on manque tous de confiance, mais pas au même endroit. Pas sur les mêmes sujets, pas de la même manière. L’un doute de lui au travail, l’autre dans sa vie amoureuse, et au fond, c’est toujours la même trame, c’est-à-dire qu’on doute des endroits de nous qui, un jour, ont été un peu, beaucoup ou énormément dévalorisés.
Derrière le manque de confiance, il y a presque toujours ça, une forme de dévalorisation. C’est-à-dire ce moment où on a compris, parfois très tôt, qu’une partie de nous valait un peu moins. Qu’il y avait des versions de soi qui plaisaient, et d’autres non. Et ce constat-là, ça peut venir de deux choses : soit d’une expérience vécue, concrète d’une scène où on reçoit une critique, un rejet physique ou verbal, ou encore un regard qu’on n’a pas oublié ; soit d’une histoire qu’on se raconte, mais à laquelle on croit dur comme fer.
Parce que méfiez-vous notre inconscient, lui, ne fait pas la différence. Quand on imagine quelque chose, le corps, lui, y croit. Tu peux très bien ne jamais avoir eu d’accident, et pourtant avoir peur de conduire. Parce qu’à l’intérieur de toi, t’as vécu la scène mille fois. Et ton système nerveux, il s’en fiche que ce soit réel ou pas, pour lui c’est pareil.
Et puis, il y a tout ce qu’on nous a transmis. Chaque famille, chaque groupe, chaque culture valorise certaines qualités et pas d’autres. Dans certains milieux, c’est la performance, la réussite, le fait d’être fort. Dans d’autres ça va être la douceur, la loyauté, le calme, la discrétion. Et forcément, on se construit en fonction de ça (même si là je caricature un peu, c’est avant tout pour comprendre l’idée derrière ce mécanisme).
On apprend, en réaction ou par mimétisme, sans qu’on nous le dise, ce qu’il faut montrer et ce qu’il vaut mieux cacher. Alors on s’invente des manières d’exister. On devient celui qui gère tout, celle qui prend soin de tout le monde, celui qui fait rire, celle qui intellectualise, ou encore celui qui reste en retrait pour ne pas déranger etc. On met un masque social, pas par hypocrisie, mais pour rester en lien. Pour être aimés, ou au moins, acceptés. Et souvent, ça vient de loin, de ce que Bowlby appelait les modèles internes d’attachement. C’est un peu notre logiciel de base pour comprendre comment fonctionne le lien.
Si, petit, t’as compris qu’il fallait être sage pour être aimé, tu deviens un adulte adorable, mais fatigué. Si t’as compris qu’il fallait être fort, tu tiens bon, mais t’as du mal à demander de l’aide. Si t’as compris qu’il fallait sauver les autres, tu te débrouilles très bien… sauf pour toi. Winnicott, lui, appelait ça le faux self. C’est cette partie de nous qui s’ajuste pour s’adapter, et qui finit parfois par se fatiguer à force de ne pas être vraiment soi.
Et puis, ce qu’on oublie souvent, c’est qu’on peut vivre exactement la même histoire à deux, et la ressentir complètement différemment. Parce qu’on n’a pas le même tempérament, pas la même sensibilité, pas la même manière d’encaisser. L’un va se refermer, l’autre va s’agiter, l’un va devenir drôle, l’autre perfectionniste, l’un va chercher à être aimé de tous, l’autre à n’avoir besoin de personne.
C’est jamais aussi simple que “se rebeller” ou “s’effacer”. C’est un mélange qui bouge. On navigue entre les deux, selon les contextes, les relations, les moments de vie. Et puis, il y a cette tension qu’on porte tous entre le désir conscient et le désir inconscient. Ces moments où on veut quelque chose, mais qu’on sabote tout, sans comprendre pourquoi ?
On veut être en couple, mais une partie de nous panique à l’idée de s’attacher. On veut s’affirmer, mais on a peur de décevoir. On veut se sentir libre, mais on reproduit les mêmes dépendances. C’est pas de la mauvaise volonté, c’est juste qu’à l’intérieur, y a plusieurs “nous”. Des parts qui veulent avancer, et d’autres qui ont encore peur de ce que ça pourrait réveiller. La bonne nouvelle, c’est que tout ça, ça bouge. Nos modèles internes, nos réflexes relationnels, ça peut se réécrire. Grâce à ce qu’on appelle des expériences correctrices (Alexander, 1946). C’est-à-dire ces moments où quelque chose se rejoue, mais autrement. Quelqu’un reste alors qu’on s’attendait à être quitté. On ose parler, et le lien ne se casse pas. On rate, et on n’est pas jugé.
Et petit à petit, le corps apprend une autre version du monde. Une version de nous-même plus tranquille et moins injuste pour nous.
Alors au fond, la confiance en soi, c’est pas un trait de caractère. C’est pas “on l’a” ou “on l’a pas”. C’est quelque chose qui se tisse, qui se nourrit, et qui bouge selon les contextes. On peut être très sûr de soi dans son travail, et perdre tous ses moyens dans une discussion intime. Ou l’inverse. Et c’est pas une contradiction. C’est juste… humain. Peut-être qu’avoir confiance, c’est pas ne plus douter, mais apprendre à rester soi-même, même quand on doute un peu ?